Naissance de la Bugatti Type 35 : une icône de la course automobile vintage
En 1924, dans les ateliers alsaciens de Molsheim-Dorlisheim, Ettore Bugatti dévoile un véhicule qui allait révolutionner la histoire automobile : la Bugatti Type 35. Cette voiture de course légendaire naît dans un contexte où Ettore, toujours avide d’excellence, cherche à dépasser les performances de ses précédents modèles comme la Type 13 et la Type 32, des précurseurs qui avaient déjà marqué leur temps.
La Bugatti Type 35 ne se contente pas d’être un simple bolide de compétition, elle incarne une philosophie avant-gardiste mêlant puissance, poids réduit et élégance mécanique. Dès sa présentation au Grand Prix de Lyon en juillet 1924, elle attire l’attention des passionnés et des connaisseurs. Pourtant, malgré un départ en course semé d’embûches, notamment des défaillances pneumatiques qui ont coûté cher à l’équipe, cette merveille mécanique révèle rapidement son potentiel lors de compétitions suivantes comme le Grand Prix de Saint-Sébastien.
Avec plus de 2 000 victoires – un record qui reste inégalé dans l’histoire du sport automobile – la Bugatti Type 35 devient une véritable référence dans le paysage des rallyes et compétitions de l’entre-deux-guerres. Sa carrière exemplaire étend son influence bien au-delà des pistes, donnant un souffle nouveau à la marque alsacienne dont la passion et le savoir-faire ont été magnifiquement incarnés dans ce modèle.
| Caractéristique | Détails |
|---|---|
| Année de sortie | 1924 |
| Pays d’origine | France (Alsace) |
| Type | Voiture de course |
| Moteur | 8 cylindres en ligne, 2 litres |
| Puissance | 90 ch (version initiale) |
| Poids | 750 kg |
| Style | Design automobile épuré, radiateur en fer à cheval |
Un moteur Bugatti à l’avant-garde pour dominer la course automobile vintage
La véritable force de cette voiture légendaire réside en grande partie dans sa motorisation. Le moteur 8 cylindres en ligne de 1 991 cm³, directement dérivé de celui utilisé sur la Type 30, est une pièce d’ingénierie d’une finesse rare. Ce moteur fut optimisé avec un passage de trois à cinq paliers équipés de roulements à billes, tandis que les bielles furent montées sur rouleaux, une innovation majeure pour l’époque.
Le système d’allumage, de carburation et de lubrification a également été revu pour offrir une puissance accrue, passant de 65 chevaux à 90 à 4000 tours/minute initialement, puis jusqu’à 120 chevaux sur les versions suralimentées. Un embrayage multidisques facilite une transmission souple et efficace, indispensable dans des compétitions aussi exigeantes que la Targa Florio.
Le poids réduit grâce à un châssis en alliage léger, dont le fameux essieu avant creux forgé ne pesait qu’une dizaine de kilos, contribuait largement à la maniabilité exceptionnelle de cette voiture de course. La Bugatti Type 35, avec son poids plume de 750 kg, représentait une merveille technique capable de rivaliser avec les meilleurs bolides de son époque, tout en restant fiable sur route – un équilibre difficile à atteindre.
| Version | Cylindrée (cm³) | Puissance (ch) | Caractéristiques du moteur |
|---|---|---|---|
| Type 35 (1924) | 1991 | 90 | 8 cylindres, 5 paliers, distribution optimisée |
| Type 35 T (1926) | 2262 | 110 | Moteur amélioré, version Targa Florio |
| Type 35 C (1927) | 1991 | 120 | Compresseur Roots à trois lobes breveté |
| Type 35 B (1927) | 2262 | 140 | Suralimentée combinant Type 35 T et C |
Le progrès technique ne s’arrêtait pas au moteur. L’innovation la plus marquante et qui rendit la Type 35 si unique était sans aucun doute ses roues en aluminium coulé, munies de cercles amovibles et intégrant le système de freinage. Leur design original, avec des rayons plats orientés de manière à créer un effet de turbine, participait au refroidissement efficace des freins, une prouesse mécanique essentielle à des vitesses dépassant parfois les 200 km/h. Ce mariage d’ingénierie et d’esthétique contribua largement à forger l’aura iconique de la Bugatti Type 35, autant reconnue pour son allure que pour ses performances.
Un design automobile qui transcende le temps et conquiert la piste
Le charme intemporel de la Bugatti Type 35 n’est pas uniquement le fruit de ses prouesses mécaniques, mais aussi de son design automobile distinctif. Avec son radiateur en forme de fer à cheval, cette voiture a inauguré une signature esthétique qui allait devenir une constante pour la marque Bugatti. Cette silhouette raffinée et épurée, accompagnée d’une carrosserie en alliage spécialement développée pour conjuguer légèreté et robustesse, conférait à la Type 35 une allure aérodynamique bien avant que ce terme ne soit communément usité.
L’arrière à la pointe affinée participait à réduire la résistance à l’air, offrant un avantage compétitif sur les circuits rapides. Chaque ligne semblait pensée pour allier élégance et efficacité. Ce design soigné servait un dessein technique : optimiser la tenue de route et la vitesse maximale. Plus qu’une simple voiture de course, la Type 35 était une œuvre d’art roulante qui captivait autant les passionnés d’ingénierie que les amateurs de beaux objets.
Cette attention portée à l’esthétique et à la fonctionnalité apparente distingue la Type 35 des autres voitures contemporaines, y compris des modèles très marquants comme la Mercedes-Benz 300SL de 1954 ou encore la Facel Vega HK500. Le modèle garde une modernité impressionnante, ce qui justifie sa place dans les collections les plus prestigieuses aujourd’hui.
Les évolutions techniques et la diversité des versions de la Bugatti Type 35
Ettore Bugatti ne se satisfait jamais d’un succès acquis et poursuit sans relâche l’amélioration du modèle. La sensation créée par la Type 35 lors de sa sortie en 1924 ne fut que le début d’une lignée de variantes conçues pour répondre aux exigences de la course et du marché.
La Type 35 T, un dérivé majeur, ajuste la cylindrée à 2 262 cm³. Plus puissante et rapide, elle devient célèbre par ses succès à la Targa Florio, notamment grâce au pilote Meo Costantini. Pour les amateurs souhaitant une version plus civilisée, la Type 35 A propose une mécanique plus douce, tournant à 75 ch et destinée à un usage routier plus décontracté.
En 1927, la puissance s’accentue encore avec la Type 35 C, dotée d’un compresseur Roots inédit qui augmente la puissance jusqu’à 120 ch. Une vraie bête de course légitime parmi les pionnières des voitures suralimentées, avec un brevet spécifique qui témoigne de l’ingéniosité technique chez Bugatti.
Enfin, la Type 35 B, une sorte de synthèse entre la 35 T et la 35 C, porte la puissance à 140 ch, permettant d’atteindre des vitesses impressionnantes pour l’époque – plus de 215 km/h – une performance de haute voltige à une époque où même de nombreux véhicules modernes peineraient à suivre.
| Modèle | Caractéristique principale | Usage |
|---|---|---|
| Type 35 | Moteur 8 cylindres 2L, 90 ch | Course pure et dure |
| Type 35 A | Moteur 75 ch, mécanique simplifiée | Usage routier |
| Type 35 T | Cylindrée augmentée, 110 ch | Compétition (Targa Florio) |
| Type 35 C | Compresseur Roots, 120 ch | Course suralimentée |
| Type 35 B | 160 ch, suralimentée, vitesse > 215 km/h | Compétition de pointe |
| Type 37 | Moteur 4 cylindres 1,5L, 60 ch | Course de catégorie inférieure |
Palmarès exceptionnel et audace commerciale d’Ettore Bugatti
Le succès de la Bugatti Type 35 en compétition dépasse le simple exploit technique. Ce véhicule fascinait autant par ses performances que par sa stratégie commerciale inhabituelle pour l’époque. Ettore Bugatti choisit de produire environ 640 exemplaires entre 1924 et 1930, une quantité impressionnante pour un modèle destiné essentiellement aux courses.
Contrairement à d’autres constructeurs qui réservaient leurs machines les plus évoluées aux pilotes d’usine, Bugatti vendait ses Type 35 à des pilotes privés capables de se payer l’engin, à un tarif élevé (environ 160 000 francs à l’époque), offrant ainsi une démocratisation relative de la course automobile. Ce modèle fut ainsi aligné dans de nombreuses compétitions avec un large panel de pilotes, y compris plusieurs femmes qui marquèrent l’histoire par leurs performances, comme Janine Jennky ou Elizabeth Junek.
Cette approche permit à la Type 35 d’accumuler un palmarès incomparable, avec notamment cinq victoires consécutives à la célèbre Targa Florio. Le pilote légendaire Louis Chiron, figure emblématique des circuits, a également largement contribué à la légende en dominant plusieurs grands prix au volant de ce bolide. Malgré un premier Grand Prix de Lyon difficile en 1924 à cause d’incidents liés aux pneumatiques, la maîtrise technique et les multiples évolutions du véhicule ne tardèrent pas à s’imposer avec force dans les rallyes et compétitions.
Le tableau ci-dessous illustre l’extraordinaire impact de la Bugatti Type 35 en course, représentatif d’un modèle devenu véritablement une légende automobile :
| Année | Événement marquant | Réussite |
|---|---|---|
| 1924 | Grand Prix de Lyon-Givors (1ère course) | Défaillances pneumatiques, départ difficile |
| 1925-1929 | Targa Florio (multiple victoires) | 5 victoires consécutives avec divers pilotes |
| 1926 | Championnat du Monde des Constructeurs | Bugatti champion grâce à la Type 35 |
| 1928 | Grand Prix de l’ACF | Victoire en catégorie avec Type 37 |
| 1929 | Coupe de Bourgogne (femmes pilotes) | Janine Jennky remporte la course en Type 35 |
Pour approfondir les liens entre innovations et histoire des voitures emblématiques, on peut comparer la trajectoire de la Type 35 à celle d’autres modèles prestigieux telles que la Jesko de Koenigsegg ou la Ford GT de 2005, qui continuent d’incarner le mariage entre prouesse technique et excellence stylistique. Le destin hors du commun de la Bugatti Type 35 témoigne du génie d’Ettore Bugatti, une figure qui a su réconcilier performance pure et art mécanique.