Matra Bagheera 1973 : genèse et contexte historique d’un coupé français innovant
Au début des années 1970, alors que l’industrie automobile française cherche à redéfinir ses piliers face à la concurrence européenne et américaine, Matra émerge en tant que constructeur audacieux. Fondée il y a moins de dix ans et forte d’un partenariat stratégique avec Simca—lui-même une icône de l’automobile tricolore—la marque romorantinaise lance en 1973 un modèle qui va marquer son époque : la Matra Bagheera.
Issue d’une collaboration intense entre Matra et Simca, la Bagheera incarne une nouvelle approche pour les coupés sportifs français. Elle s’inscrit dans la continuité logique des modèles précédents, tels que la berlinette Djet de René Bonnet et la Matra 530, tout en cherchant à approfondir un équilibre délicat entre design ambitieux et praticité au quotidien.
Cette voiture, présentée officiellement à la presse en avril 1973, symbolise une volonté claire de modernisation et d’innovation automobile. Matra ne souhaite plus viser uniquement les conducteurs avertis cherchant la performance extrême : elle veut séduire une clientèle plus large, notamment les jeunes actifs et passionnés d’automobile à la recherche d’un bolide esthétique, compact et pratique.
Le contexte économique tourmenté par la crise pétrolière imminente constitue un défi ; Matra doit concevoir un coupé à la fois léger, économe en carburant, mais avec un caractère sportif facilement identifiable. Pour parvenir à cela, elle s’appuie sur un châssis-coque autoportant en acier, recouvert d’une carrosserie en polyester, un choix audacieux qui réduit le poids tout en évitant la corrosion souvent observée sur les carrosseries en acier classiques.
Le partenariat avec Simca, lui, se traduit par une motorisation issue de la banque d’organes du constructeur français, incorporant des moteurs modestes mais fiables, qui permettent à la Bagheera d’afficher des performances équilibrées pour son segment. La grande nouveauté est sans conteste la position centrale arrière du moteur, en configuration transversale, une disposition rare qui optimise l’équilibre des masses et l’espace à bord.
Ce mélange de technologies et d’ambition positionne la Bagheera comme un véhicule innovant, loin des codes traditionnels, à une époque où la France cherche encore à rivaliser sur le terrain des voitures sportives sans sacrifier la praticité et le confort. Le pari est risqué, mais c’est aussi ce qui fait tout son charme et son authenticité.

| Élément | Caractéristique |
|---|---|
| Année de sortie | 1973 |
| Pays d’origine | France |
| Particularité principale | 3 places frontales, moteur central transversal |
| Type | Coupé sportif |
| Carrosserie | Polyester armé de fibres de verre sur châssis acier autoportant |
| Moteur initial | 1 294 cm³, 84 ch DIN (Simca 1100 Ti) |
| Motorisation évoluée | 1 442 cm³, 90 ch DIN (Simca 1308 GT) |
| Production totale | 47 796 exemplaires |
Les passionnés d’automobiles françaises et le public ne pouvaient qu’être curieux de découvrir ce nouveau coupé qui promettait un équilibre technique et esthétique inédit dans les années 70.
Design seventies et ergonomie : un coupé aux lignes audacieuses et à l’intérieur novateur
À l’époque du lancement, le design de la Matra Bagheera tranche radicalement avec les codes classiques des coupés français. Jacques Nochet et Jean Toprieux, en charge du style, ont dessiné une silhouette basse et élancée, avant-gardiste tout en restant accessible et fonctionnelle. Les courbes fluides et angulaires choisies évoquent à la fois l’agilité du félin dont elle porte le nom et la modernité propre aux automobiles des années 1970.
Son style seventies se manifeste non seulement à travers la carrosserie en polyester, matériau noble à l’époque pour sa légèreté et sa résistance, mais aussi dans son agencement intérieur. Là où la plupart des coupés sportifs offraient deux places avant, voire un petit espace à l’arrière souvent qualifié de d’appoint, la Bagheera innove radicalement en proposant trois places véritablement côte à côte devant.
Cette disposition audacieuse a été possible grâce au positionnement du moteur en montage central transversal, un choix ingénieux qui crée un tunnel moteur inexistant sous les sièges avant et libère l’espace. Cette configuration avant-gardiste permet à la fois de maximiser l’habitabilité sans allonger l’empattement, évitant ainsi de dénaturer les proportions sportives du coupé.
Sur le plan pratique, cette architecture offre un confort et une convivialité supérieurs, favorisant une vraie expérience partagée au volant. La place centrale, souvent négligée sur d’autres coupés, se transforme ici en véritable alternative pour accueillir un troisième passager adulte, ce qui séduit particulièrement les jeunes conducteurs urbains et familles dynamiques.
Le tableau de bord, bien que simple et fonctionnel, bénéficie d’une ergonomie améliorée. Le souci du détail se retrouve même dans des touches originales comme la fameuse montre à quartz placée côté passager ou les vitres teintées sur les versions supérieures. La version « Type 2 » fut particulièrement appréciée pour son habillage bicolore et ses jantes aluminium qui ajoutaient une note sportive élégante.
En 1974, l’apparition de la version Courrèges, fruit d’une collaboration avec le couturier André Courrèges, illustre la volonté de Matra de faire de ce coupé un objet de désir esthétique autant que mécanique. Cette édition limitée, reconnaissable à sa carrosserie blanche immaculée et son interior beige peaufiné, s’adressait à une clientèle plus exigeante et sensible à l’alliance de la mode et de l’automobile.
Ce mariage entre activités design et sportives révèle une époque où la voiture devait aussi refléter une identité, un style de vie. La Bagheera ne se contente plus d’être un simple moyen de transport : elle devient une véritable icône de la décennie, entre praticité urbain et touche sophistiquée.
| Version | Design extérieur | Aménagement intérieur | Équipement notable |
|---|---|---|---|
| Type 1 | Jantes tôle, couleurs unies | Sellerie unie, austérité | Basic |
| Type 2 | Jantes aluminium, vitres teintées | Sellerie bicolore | Montre à quartz, ceintures à enrouleur |
| Courrèges (1974) | Carrosserie blanche, livrée intégrale | Skaï beige et blanc, pochettes sur contre-portes | Prééquipement radio, sellerie exclusive |
Cette approche ingénieuse du design fut un facteur clé pour que la Bagheera soit non seulement une voiture sportive mais aussi une véritable voiture de tous les jours, ouvrant la voie à une nouvelle conception des coupés polyvalents.
Motorisation et performances : le compromis entre économie et sportivité
Rappelons que si la silhouette et l’habitacle de la Bagheera font mouche, c’est du côté de sa mécanique que le bât blesse parfois. La collaboration avec Simca a permis d’équiper la Bagheera avec un moteur qui se voulait robuste, économique mais aussi suffisamment puissant pour une sportive accessible. Le moteur est un quatre cylindres en ligne, en position centrale arrière, d’abord de 1 294 cm³ issu de la Simca 1100 Ti, développant 84 ch DIN.
Ce choix technique répond à plusieurs contraintes : en premier lieu, la nécessité de limiter les coûts de développement et de fabrication. Le groupe Chrysler, propriétaire de Simca à l’époque, n’était clairement pas un spécialiste du sport automobile, ce qui infléchit les ambitions techniques vers une mécanique sage et fiable. En second lieu, le contexte pétrolier hostile exigeait des autos sobres, un paramètre très prisé des acheteurs à l’aube de la crise de 1973.
Cette motorisation, combinée à un poids contenu (entre 960 et 1 015 kg selon la version), permet à la Bagheera d’atteindre 180 km/h en pointe dans ses versions d’origine, une performance honorable pour un coupé tricolore des années 70. Son aérodynamique affinée contribue également à ces résultats, soulignant un savoir-faire ingénieux pour optimiser la puissance sans gaspillage.
Une amélioration notable intervient en 1975 avec l’introduction du moteur 1 442 cm³ de la Simca 1308 GT, procurant alors 90 ch DIN et un souffle plus vif. L’alimentation par deux carburateurs Weber double corps améliore la réponse, renforçant le caractère sportif du modèle sans pour autant dégrader trop fortement la consommation. Cette version équipe notamment les modèles « S » et la célèbre édition Courrèges.
Toutefois, malgré ces efforts, la presse spécialisée et certains amateurs regrettent l’écart entre le potentiel du design et des innovations techniques, et le « ramage » moteur quelque peu chiche en ardeur et sensations. Plusieurs essais de l’époque rapportent l’ironie cinglante d’un journaliste, lui rendant la clé avec pour seule recommandation : « Revenez me voir quand Matra y aura mis un moteur ! »
Le bureau d’études Matra pousse le concept plus loin en explorant même une motorisation prototype à huit cylindres, consistant en deux moteurs quatre cylindres jumelés. Ce projet audacieux ne dépassera jamais le stade expérimental, notamment en raison des difficultés techniques à maîtriser la synchronisation des moteurs, et à cause des contraintes induites par la crise énergétique.
| Motorisation | Cylindrée (cm³) | Puissance (ch DIN) | Carburateurs | Vitesse max (km/h) |
|---|---|---|---|---|
| Simca 1100 Ti | 1 294 | 84 | 2 Weber double corps | 180 |
| Simca 1308 GT (Bagheera S) | 1 442 | 90 | 2 Weber double corps | circa 185 |
| Simca 1308 GT (Modèle fin 70’s) | 1 442 | 84 | 1 Weber double corps | 178 |
Avec de telles données, la Bagheera s’affirme comme une voiture sportive pour tous les jours, conciliant performance et sobriété dans un esprit rapport qualité prix idéal pour la clientèle cible de jeunes conducteurs français attachés à la sportivité sans les excès.
Les caractéristiques techniques distinctives de la Matra Bagheera : un condensé d’ingéniosité française
Au-delà de son esthétique et de ses motorisations, la Matra Bagheera mérite une attention particulière pour ses choix techniques, qui reflètent l’approche innovante propre à Matra et Simca. L’une des contributions majeures est l’emploi, totalement inhabituelle à l’époque dans un coupé sportif, d’une carrosserie en polyester armé de fibres de verre. Associée à un châssis autoportant en acier, cette solution garantit une légèreté et une robustesse à la fois, ainsi qu’une meilleure résistance à la corrosion.
Sa configuration mécanique en propulsion, avec un moteur central transversal, offre une distribution des masses quasiment idéale : 42 % à l’avant et 58 % à l’arrière. Ceci favorise une tenue de route dynamique et une maniabilité précise, notamment sur routes sinueuses. Le système de freinage à quatre disques, autre caractéristique rare à l’époque, améliore considérablement la sécurité et la puissance d’arrêt en conditions variées.
Les dimensions relativement compactes donnent à la Bagheera une agilité certaine tout en conservant un confort correct. Elle mesure environ 3 970 mm à 4 050 mm en longueur selon les versions, pour une largeur de 1 730 mm et une hauteur oscillant entre 1 070 et 1 220 mm. Ces proportions permettent non seulement une silhouette basse sportive mais aussi une présence affirmée sur la route.
Enfin, le choix des pneumatiques Michelin XAS FF adaptés à cette voiture montre une volonté d’assurer un compromis optimal entre adhérence et confort, avec des tailles adaptées (155HR13 à l’avant et 185HR13 à l’arrière) pour répondre aux exigences d’une conduite dynamique.
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Longueur | 3 970 – 4 050 mm selon version |
| Largeur | 1 730 mm |
| Hauteur | 1 070 – 1 220 mm |
| Poids à vide | 960 – 1 015 kg |
| Répartition des masses | 42 % avant / 58 % arrière |
| Freinage | 4 freins à disque |
| Pneumatiques d’origine | Michelin XAS FF 155HR13 avant, 185HR13 arrière |
| Châssis | Autoportant en acier avec carrosserie polyester |
Ces caractéristiques techniques témoignent de la volonté de Matra d’explorer des solutions inédites et d’offrir un coupé performant, maniable et physique à la hauteur des attentes des amateurs de voitures françaises dynamiques. Le mélange ingénieux de matériaux composites et de mécanique éprouvée rend la Bagheera très attachante encore aujourd’hui.
Le parcours commercial et la postérité de la Matra Bagheera : succès et défis d’un coupé atypique
Produit entre 1973 et 1980 à 47 796 exemplaires, la Matra Bagheera s’est taillée une place particulière dans l’histoire automobile française, oscillant entre modèle culte et « ovni » du marché. Sa particularité à offrir trois vraies places frontales a suscité une curiosité et un intérêt certain, renforçant son statut d’exceptionnel parmi les coupés sportifs populaires.
Cette innovation fut, dès le départ, un compromis entre les attentes de Simca et celles de Matra : le constructeur souhaite un coupé fonctionnel et accessible, tandis que les commerciaux réclament une voiture avec au moins quatre places homologuées pour faciliter la vente. La solution des trois places de front répond à un usage quotidien plus réaliste, où deux adultes et un troisième passager peuvent voyager confortablement.
Différentes séries ont vu le jour, avec des évolutions esthétiques et mécaniques notables : après les types 1 et 2, la version Courrèges en 1974, suivie par la « Bagheera S » et la « X » avec leurs ajustements de puissance et équipements. La Série 2, lancée en 1976, apporte un restylage avec de nouveaux pare-chocs, vitres agrandies et feux arrière revisités.
On notera que la Bagheera jouit également d’un état d’esprit et d’un style profondément ancrés dans la culture automobile soixante-huitarde et post-soixante-huitarde, s’inscrivant dans un courant de recherche de modernité et d’originalité, qualités qui résonnent encore fortement parmi les passionnés jeunes et moins jeunes en 2025.
Si la Bagheera ne rivalisa jamais réellement avec des icônes contemporaines telles que l’Alpine A110 ou la Porsche 911, elle offrit une alternative française originale, accessible, élégante et techniquement intéressante. Elle symbolise à ce titre une étape clé parmi les véhicules innovants issus du partenariat Matra-Simca.
En 1980, la Bagheera laisse sa place à la Matra Murena, qui reprend l’idée des trois places frontales tout en modernisant le design et les performances. Dans la mémoire collective des passionnés, la Bagheera reste incontournable, notamment grâce à son audacieuse ergonomie et sa conception en polyester résolument avant-gardiste pour un coupé sportif français.
| Modèle | Année | Production | Caractéristique notable |
|---|---|---|---|
| Bagheera Type 1 | 1973-1974 | Environ 12 000 | Entrée de gamme au design sobre |
| Bagheera Type 2 | 1974-1976 | Environ 15 000 | Sellerie améliorée, jantes alu |
| Bagheera Courrèges | 1974-1977 | 216 exemplaires | Édition limitée luxe, design unique |
| Bagheera Série 2 (X) | 1976-1980 | Environ 20 000 | Restylage et motorisation 1,4L améliorée |
Pour les férus d’histoire automobile et curieux de revivre le charme des années 70, la Bagheera demeure un modèle emblématique à redécouvrir sur le site dédié aux automobiles françaises innovantes.