Histoire fascinante de la Lancia Aurelia B20 : une icône née en 1951
En 1951, la marque italienne Lancia dévoilait au Salon de Turin la Lancia Aurelia B20 Gran Turismo, une voiture qui allait marquer à jamais l’histoire de l’automobile. Fruit de la persévérance de l’ingénieur Vittorio Jano et du constructeur italien, ce coupé incarne le mariage parfait entre innovation technique et style raffiné. Originellement pensée comme une évolution de la berline Aurelia B10 sortie en 1950, cette version B20 inaugurait un concept inédit pour l’époque : la grande routière sportive « 2+2 » avec un V6 compact.
À une époque où le V8 et les moteurs en ligne dominaient largement, Lancia osait la technologie d’avant-garde avec son tout premier moteur V6 de production, moteur conçu par Giuseppe De Virgilio. Sa cylindrée initiale de 1754 cm3 augmentée rapidement à 1991 cm3 signait le début d’une aventure technique révolutionnaire. Outre sa mécanique innovante, la B20 dévoilait un design audacieux, fruit des travaux successifs du carrossier Viotti puis de Pininfarina, qui imprimaient à la voiture une silhouette fluide, élégante et nettement sportive. Dans cette Italie d’après-guerre, la B20 représentait une renaissance technologique et culturelle. Le poids léger de la voiture, moins de 1100 kg, et sa construction en coque autoportante témoignaient d’un savoir-faire avant-gardiste inspiré par les standards militaires et la passion pour l’aviation.
La Lancia Aurelia B20 s’imposait aussi dans la catégorie des coupés sportifs polyvalents avec ses quatre places, même si la banquette arrière restait plutôt destinée à des enfants. Cette configuration « 2+2 » offrait un compromis inédit entre confort et sportivité, permettant de transformer un simple coupé en une voiture capable de transporter une famille lors de longs trajets. Rien d’étonnant donc que cette voiture séduise non seulement des pilotes amateurs, mais aussi des célébrités telles que le Prince Rainier de Monaco ou Gary Cooper.
Le contexte italien d’alors était marqué par une quête de modernité et d’excellence technique qui dépassait le simple cadre du design automobile. La Lancia Aurelia B20 naquit ainsi dans une époque où des carrossiers historiques comme Pininfarina et Carrozzeria Ghia rivalisaient pour parfaire non seulement des carrosseries, mais aussi pour exprimer un style national unique. Dans cette atmosphère, le coupé B20 s’imposa rapidement comme une des figures emblématiques de l’ingénierie italienne, à la fois économique et dynamique.
| Année | Modèle | Type | Carrosserie | Motorisation | Puissance | Poids (kg) | Vitesse Max (km/h) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1951 | Lancia Aurelia B20 GT | Coupé 2+2 | Coque autoportante | V6 2.0L | 80 ch | 1070 | 132 |

La mécanique révolutionnaire du V6 Lancia De Virgilio : performances et innovations
La Lancia Aurelia B20 de 1951 est particulièrement célèbre pour héberger ce qui fut le premier moteur V6 de série au monde, conçu par Giuseppe De Virgilio. Cet ingénieur italien ne se contenta pas d’ajouter simplement deux cylindres au V4 précédent (issu du modèle Aprilia), mais imagina un bloc compact à angle de 60°, alliant souplesse, puissance et légèreté. Ce moteur en aluminium, doté de 12 soupapes, fut une prouesse technique qui marquera non seulement la marque Lancia, mais influencera également des légendes comme le V6 Dino de Ferrari.
Construit pour délivrer ses 80 chevaux à 5000 tours par minute, ce V6 offrait une sonorité unique, appréciée aussi bien par les pilotes que par les passionnés d’automobile. Plus impressionnant encore, il était capable de montrer une étonnante souplesse dès les bas régimes, grâce à un arbre à cames actionné par chaîne avec tendeur hydraulique – un système rare pour l’époque. Associé à une boîte 4 vitesses à commande sur colonne, la B20 stimulait agréablement le conducteur, même dans les conditions de conduite urbaines ou en montagne.
Pour garantir un comportement dynamique équilibré, Lancia opta pour une configuration mécanique novatrice : la boîte de vitesses et le pont arrière, montés en transaxle, se retrouvaient à l’arrière du véhicule, optimisant ainsi la répartition des masses. Ce dispositif avant-gardiste améliorait la tenue de route et la maniabilité, notamment sur routes sinueuses typiques de la péninsule italienne. Cet arrangement mécanique, s’il semble évident aujourd’hui, fut à l’époque une vraie révolution qui influença de nombreuses marques de prestige, y compris Maserati.
Le refroidissement du moteur fut lui aussi optimisé, grâce à un système double thermostat, une idée ingénieuse qui assurait une meilleure régulation thermique et une fiabilité accrue, notamment sur les longues distances. Enfin, les pneumatiques Michelin radiaux équipant de série la voiture, baptisés « pneus X », apportaient une adhérence et une tenue de route accrues, alors qu’à cette époque, la majorité des voitures utilisaient encore des pneus à carcasse diagonale.
| Caractéristique | Description |
|---|---|
| Moteur | V6 en alliage léger à 60°, 12 soupapes |
| Cylindrée | 1991 cm3 |
| Puissance | 80 chevaux à 5000 tr/min |
| Transmission | Manuelle 4 vitesses sur colonne, transaxle arrière |
| Refroidissement | Double thermostat (radiateur + canalisation) |
| Pneus | Michelin Radial “pneu X” |
Ce concentré d’ingéniosité et d’audace mécanique fit de la Lancia Aurelia B20 un modèle précurseur, bien avant que les autres marques italiennes comme Fiat ou Alfa Romeo ne démocratisent à grande échelle certains aspects techniques destinés à la performance et au confort.
Carrosserie et design de la Lancia Aurelia B20 : mariage entre élégance et sportivité
La silhouette de la Lancia Aurelia B20 est un parfait exemple de la collaboration entre l’ingénierie mécanique et le génie du design italien, incarné notamment par la prestigieuse maison Pininfarina. Initialement dessinée par Mario Felice Boano sous la direction de Carrozzeria Ghia, la carrosserie fut rapidement confiée à Pininfarina pour les 400 derniers exemplaires, qui peaufinera le style. La ligne se remarque par sa simplicité élégante, alliant une face avant marquée par quatre phares ronds à une chute arrière caractéristique et hautement aérodynamique.
L’esthétique extérieure joue avec des codes classiques tout en abordant des formes modernes, soulignées par des accessoires fonctionnels comme les doubles sorties d’échappement, les jantes Borrani bimétal inédites à l’époque, et le positionnement subtil des feux antibrouillard. À l’avant, la large calandre donne une personnalité affirmée tandis que les rondeurs de la carrosserie soulignent la légèreté visuelle du véhicule. Cette carrosserie légère fut réalisée en assemblant environ une centaine de pièces soudées sur un châssis autoportant, ce qui était une prouesse à l’époque et préfigurait les évolutions postérieures dans le design automobile.
À l’intérieur, le luxe et la sportivité s’entremêlent harmonieusement. Les sièges en cuir, le volant en bois et le tableau de bord minimaliste mais fonctionnel invitent à une expérience de conduite à la fois confortable et intense. Le levier de vitesses fixé à la colonne de direction constitue une particularité dont on se souvient, tout comme les détails techniques comme le manomètre de pression d’huile ou le compte-tours plafonnant à 5500 tours par minute. Ce dernier rappelle que la Lancia Aurelia B20, tout en étant une gran turismo, n’oublie pas ses racines sportives, même visibles dans la configuration des amortisseurs réglables et de la suspension avant indépendante télescopique.
| Élément | Description | Spécificités |
|---|---|---|
| Carrosserie | Coupé 2+2 coque autoportante | Assemblage d’une centaine d’éléments, légère et rigide |
| Design extérieur | Phare quadruple, calandre imposante, chute arrière plongeante | Jantes Borrani bimétal et feux antibrouillard |
| Intérieur | Sièges cuir, tableau de bord minimaliste, levier sur colonne | Volant bois, compte-tours 5500 tr/min, manomètres dédiés |
| Suspension | Avant indépendante télescopique | Amortisseurs réglables à la main |
Le dessin intemporel de la Lancia Aurelia B20 reste une référence dans l’univers des voitures classiques, inspire toujours les passionnés et est célébré dans les cercles d’experts, ce qui explique son intégration dans diverses ventes aux enchères prestigieuses. Il suffit de jeter un œil aux modèles restaurés récemment pour comprendre combien cette esthétique traverse les décennies sans perdre de son éclat.
Performances et innovations techniques : la Lancia Aurelia B20 sur la route et en compétition
La performance sportive de la Lancia Aurelia B20 tient en grande partie à ses innovations techniques de pointe pour les années 1950. Avec une vitesse maximale d’environ 132 km/h et un poids réduit à 1070 kg, elle alliait agilité et puissance, performance digne d’une voiture de sport de son époque. La configuration mécanique incluant le moteur V6 de 2 litres avec 80 chevaux, la transmission manuelle 4 rapports sur colonne et la traction arrière avec boîte-pont en transaxle convainquaient les conducteurs exigeants, notamment sur des routes sinueuses ou de montagne.
En compétition, la Lancia Aurelia B20 fit sensation. Dès ses débuts, elle conquit des victoires significatives, notamment la seconde place surprenante au prestigieux Mille Miglia 1951, et une victoire de catégorie aux 24 Heures du Mans dans la même année. Sa fiabilité et sa maniabilité étaient telles qu’elle rivalisait avec des marques plus sportives et plus puissantes, dont Ferrari et Maserati, grâce aux choix judicieux d’ingénierie comme le freinage et la suspension sophistiquée. Ce succès sportif contribua largement à asseoir la renommée de Lancia et son engagement dans l’histoire du sport automobile.
Un autre aspect marquant de la B20 était son freinage, souvent critiqué pour ses tambours sur les quatre roues, puissants mais parfois peu endurants à haute charge thermique. Un point faible qui, avec le recul, a laissé place aux progrès réalisés dans le secteur, sans toutefois entacher le caractère noble de la voiture. La suspension avant indépendante télescopique combinée à l’essieu De Dion à l’arrière améliorait grandement la stabilité et la tenue de route, renforçant le contrôle et le confort, surtout pour l’époque.
| Spécification | Valeur |
|---|---|
| Puissance maxi | 80 ch à 5000 tr/min |
| Vitesse maximale | 132 km/h |
| 0-100 km/h | 16 secondes |
| Transmission | Manuelle, 4 rapports |
| Poids | 1070 kg |
| Freinage | Tambours aux 4 roues |
Il est intéressant de noter que la Lancia Aurelia B20 joua un rôle considérable dans l’évolution des technologies automobiles, préfigurant des architectures techniques que l’on retrouvera chez des marques comme Lancia elles-mêmes ou encore Alfa Romeo dans les décennies suivantes.
Évolution, versions et héritage de la Lancia Aurelia B20 jusqu’en 1958
Durant sa production s’étalant de 1951 à 1958, la Lancia Aurelia B20 connut plusieurs séries successives, chacune apportant son lot d’améliorations techniques, esthétiques ou pratiques. Après les deux premières séries couvrant la période d’avril 1951 à avril 1953, une évolution majeure se dessina avec la sortie en 1954 de la B20 2500 GT. Cette version vit la cylindrée du moteur V6 passer à 2,5 litres, générant 118 chevaux à 5300 tours/min, ce qui fit grimper la vitesse maximale à environ 185 km/h, malgré une augmentation notable du poids dû aux améliorations de confort et de sécurité.
En parallèle, Lancia proposa également la déclinaison Spider B24, une stricte deux places cabriolet conçue pour le marché américain, dessinée par Pininfarina. Présentée pour la première fois en 1954 au Salon de Bruxelles, elle empruntait la carrosserie raccourcie du coupé, favorisant une conduite sportive sans compromis avec l’élégance.
Avec une production totale avoisinant 18 419 exemplaires toutes versions confondues, dont 731 exemplaires pour la B20 2.0 et 3141 pour la B20 2.5, la Lancia Aurelia B20 devint une référence incontestée de la grande routière sportive italienne. Les nombreuses mises à jour permirent à la voiture de rester compétitive face à la concurrence, notamment grâce à une amélioration de la suspension à partir de la 4ème série qui adoptait un essieu arrière rigide de type De Dion, technologie avancée à l’époque.
Après 7 années d’une carrière riche, la B20 céda la place à d’autres modèles Lancia mais son héritage est toujours visible dans les choix techniques et stylistiques de la marque. Son influence marque aussi les carrossiers et designers italiens, notamment Pininfarina et Bertone, dont les créations sont encore plébiscitées par les passionnés en 2025. La valeur de la B20 sur le marché des collectionneurs est aujourd’hui très élevée, avec des véhicules restaurés dépassant régulièrement les six chiffres euros, reflet de son statut mythique.
| Série | Année(s) | Caractéristiques principales | Production approximative |
|---|---|---|---|
| 1ère & 2ème | 1951-1953 | V6 2.0L, 80 ch, carrosserie Viotti puis Pininfarina | ~1 000 |
| 3ème (B20 2500 GT) | 1954 | V6 2.5L, 118 ch, suspension améliorée, essieu De Dion | ~3 000 |
| 4ème à 6ème | 1955-1958 | Conduite à gauche, finitions raffinées, léger gain de poids | ~4 000+ |
| Spider B24 | 1954-1956 | Deux places cabriolet, marché américain, style Pininfarina | ~700 |
Cette histoire riche et complexe démontre d’une part les qualités techniques et esthétiques qui firent de la Lancia Aurelia B20 une voiture intemporelle, et d’autre part les tensions du marché italien et international dans les années 1950, où l’innovation automobile devenait un véritable moteur culturel et économique.