Glas et Goggomobil : la petite histoire des microcars emblématiques

Table des matières

Glas et Goggomobil

Année de création :

1955

Arrêt de l’activité :

1969

Notes :

Hans Glas GmbH absorbé par BMW en 1966.

Statut :

Disparue

Dans l’Allemagne d’après-guerre, où acheter une voiture restait un luxe inabordable pour beaucoup, une petite révolution roulante apparaît sous forme de microcars. La firme Glas, jusque-là spécialisée dans les machines agricoles, se lance dans la fabrication d’une voiture accessible : la célèbre Goggomobil. Véritable alternative économique aux berlines traditionnelles, elle incarne une époque où la sobriété et la simplicité étaient reines, tout en s’imposant comme une réponse ingénieuse à la mobilité populaire. De ce modeste scooter baptisé Goggo – clin d’œil affectueux au petit-fils du fondateur Hans Glas – à la Goggomobil TS 400, la gamme va croître en puissance et en renommée avec des modèles adaptés aux besoins variés des familles et des entreprises, y compris un utilitaire longtemps plébiscité par le service postal fédéral allemand. Entre design fruste, mécanique de moto et innovations audacieuses telles que la suspension indépendante, le parcours de cette microcar révèle une histoire riche en défis et en innovations qui a durablement marqué le paysage automobile européen.

Glas Goggomobil : naissance et conception d’une microcar popularisée en Allemagne

Dès 1954, Hans Glas pose les fondations de ce qui deviendra un phénomène populaire sous le nom de Goggomobil. Destinée avant tout à une clientèle ouvrière, la Goggomobil naît dans les temps difficiles d’après-guerre, avec un objectif clair : rendre la mobilité accessible au plus grand nombre. La berlinette compacte, aux dimensions réduites, peut accueillir deux adultes et deux enfants, un exploit pour une microcar. Cette voiture économique est motorisée par un 2 temps à 2 cylindres refroidi par air, initialement d’une cylindrée de 250 cm3, puis étendue à 300 et 400 cm3. Si la motorisation emprunte la technologie des motos, la vitesse finale, avoisinant les 90 km/h, suffit largement aux trajets urbains et périurbains de l’époque.

La gamme se décline rapidement en trois versions distinctes : la berline (T), le coupé (TS) et le modèle utilitaire (TL). Ce dernier, apprécié pour sa polyvalence, connaîtra un succès notable. Par exemple, plus de 2 000 exemplaires ont été produits pour la Poste fédérale allemande entre 1957 et 1965, attestant de la fiabilité et de la praticité de ce petit utilitaire. Ce choix de développement démontre l’intelligence stratégique de Glas, qui multiplie les usages possibles de ses microcars dans un contexte où chaque litre de carburant et chaque mètre carré comptent.

L’innovation ne s’arrête pas là : dès 1958, Glas évolue vers des moteurs 4 temps et augmente les cylindrées, permettant à la Goggomobil TS 400 de dépasser les 110 km/h. Une performance impressionnante pour un engin qui, à allure modérée, consomme environ 5 litres aux 100 kilomètres. Cette hausse de puissance, couplée à une suspension indépendante, améliore nettement la tenue de route, donnant une conduite plus sûre et confortable, ce qui participera à gommer l’image parfois péjorative associée aux microcars.

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Démêler l’identité : Goggomobil, Glas, Isar, Isard, Royal… un casse-tête de noms et d’images

L’histoire de la Goggomobil est tout sauf linéaire et se confond souvent avec un inventaire à la Prévert de marques et de surnoms. Bien qu’originellement lancée sous le nom de Goggomobil – surnom affectueux tiré du prénom du petit-fils du fondateur – cette microcar se voit affublée de différentes appellations selon les marchés et les versions. En France, par exemple, l’importateur Sidam la commercialise sous le nom d’Isard, petit clin d’œil à l’animal pyrénéen, différentiel d’orthographe à l’appui. En revanche, dans d’autres pays francophones, elle garde la formule Isar, référence à la rivière bavaroise proche de l’usine de Dingolfing où elle était produite.

Cette confusion ne s’arrête pas là. En Grande-Bretagne et en Argentine, on la connaît sous l’appellation Royal. Ce véritable puzzle d’identité a sans doute freiné la reconnaissance massive de la Goggomobil ailleurs qu’en Allemagne, où elle reste un emblème régional. Une autre source de confusion vient du fait qu’elle est parfois associée à la célèbre Trabant en raison d’un format et d’une silhouette similaires, bien que la Goggomobil, avec son moteur 2 temps et sa finition bicolore, ait un charme unique qui s’éloigne du style rudimentaire de la Trabi.

Il est intéressant d’évoquer que Goggomobil n’a jamais été un fabricant à part entière, plutôt une gamme initiée par Glas, qui souhaitait avec la Glas Isar T700 s’éloigner de cette image de microcar pour viser une clientèle plus exigeante. Cette volonté de monter en gamme témoigne d’une ambition rare pour un constructeur de cette taille, cherchant à rivaliser avec des géants comme BMW ou Opel. Le passage à la traction avant et la mécanique plus sophistiquée illustrent parfaitement cette montée en qualité.

Nom de modèle Marché principal Particularité
Goggomobil Allemagne Nom originel, gamme complète de microcars
Isard France, Belgique Appellation locale pour mieux vendre
Isar Autres pays francophones, international Dénomination inspirée de la rivière bavaroise
Royal Royaume-Uni, Argentine Nom commercial pour certains marchés
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Microcars et leurs voisins : où se situe la Goggomobil dans le panorama des petites voitures d’après-guerre ?

Le monde des microcars après la Seconde Guerre mondiale est un extraordinaire laboratoire d’innovations et d’expérimentations. La Goggomobil côtoie alors de près d’autres petites merveilles comme la Erad, la Casalini, ou encore les célèbres BMW Isetta, Messerschmitt et Heinkel. Chacune de ces voitures propose une vision différente de la micro-mobilité, oscillant entre designs ultra-compacts, moteurs moto, et configurations atypiques.

La comparaison avec la BMW Isetta est inévitable. Cette « bubble car » aux formes arrondies ne cessait de faire tourner les têtes dans les années 50 et 60, et si elle partageait le positionnement de microcar accessible, elle se distingue par sa porte frontale unique et son moteur monocylindre. La Goggomobil mise davantage sur une carrosserie plus traditionnelle à deux portes et une motorisation bicylindre un peu plus puissante, ce qui lui conférait un bon équilibre entre performance et praticité.

D’autres acteurs, comme le Messerschmitt, jouaient sur des designs excentriques évoquant les avions de chasse, tandis que le Heinkel proposait des modèles plus fonctionnels. Sans oublier la Vespa 400, produite en Italie, qui apportait une touche d’élégance à cette catégorie, ou la Peel, la microcar britannique connue pour être la plus petite voiture du monde.

Il y a également les créations britanniques comme la Bond ou la Reliant, avec leurs carrosseries en fibre de verre et motorisations modestes, destinées surtout au marché insulaire. Et que dire des microcars motorisées par des petits bijoux de moteur, comme le Zündapp — un constructeur de motos qui s’aventura dans cette niche automobile — offrant un mélange rare de technologie et d’économie.

Marque / Modèle Origine Style particulier
BMW Isetta Allemagne Porte frontale, moteur monocylindre
Messerschmitt KR200 Allemagne Design avion de chasse, trois roues
Heinkel Kabine Allemagne Design sobre, trois roues
Vespa 400 Italie Petite citadine élégante
Peel P50 Royaume-Uni La plus petite voiture du monde
Bond Minicar Royaume-Uni Carrosserie en fibre de verre, moteur 2 temps
Reliant Regal Royaume-Uni Tres populaire avec son design atypique

En dépit de ces compagnons de route pleins de caractère, la Goggomobil se démarque en offrant une voiture simple, robuste, et plus proche des standards classiques, ce qui lui a permis de séduire une clientèle plus large, notamment dans les milieux populaires allemands. Cette stratégie a pavé la voie pour le développement futur de la marque Glas, qui visait plus haut dès la fin des années 50.

La transformation de Glas : du fabricant de microcars à la concurrence des grands constructeurs

En 1958, le contexte industriel pousse Glas à évoluer. Le succès de la Goggomobil incite l’entreprise à se différencier et à compter parmi les challengers des segments supérieurs automobiles. Sous l’impulsion d’Andreas Glas, le fils de Hans, le constructeur décide d’abandonner peu à peu le terme Goggomobil pour miser sur la marque Glas et importe un souffle nouveau dans sa gamme.

Avec la conception de la Glas Isar T700, il s’agit de proposer un véhicule plus grand et plus performant, pour taper dans le segment intermédiaire des berlines compactes et rivaliser avec les cadors tels que BMW, Mercedes ou Opel. Pour y parvenir, Glas a recruté des ingénieurs de talent issus de BMW, dont Leonhard Ischinger, qui a participé à la conception des moteurs bicylindres à plat bien connus chez BMW, notamment sur la Isetta 600.

La mécanique bénéficie d’un bicylindre de 600 cm3, fournissant 20 chevaux et une transmission désormais confiée à une boîte-pont Getrag à quatre rapports, entraînant les roues avant. Cette évolution technique apporte de meilleures performances et une expérience de conduite bien plus moderne, faisant de la Glas Isar une voiture surprenante, presque « luxueuse » pour son époque et son prix.

La carrosserie, bien que réalisée sans studio de design dédié, impressionne par son pare-brise panoramique et sa finition bicolore rehaussée d’une baguette chromée en forme de V à l’arrière. Ce dernier détail stylistique est loin d’être anodin : c’est un clin d’œil au raffinement que Glas veut véhiculer, un signe de distinction qui l’éloigne habilement des stéréotypes liés aux microcars. Cette sobriété élégante séduit les visiteurs du Salon de Francfort 1957, malgré quelques adaptations techniques inévitables, comme le maintien d’un train arrière rigide.

Toutefois, les premiers retours utilisateurs et les contraintes de production ont forcé Glas à revoir certains choix, notamment en revenant à une propulsion arrière pour éviter certains comportements sous-vireurs. L’ingéniosité s’est alors traduite dans des solutions pragmatiques parfois surprenantes, comme le retournement de la boîte de vitesses qui imposa une grille de vitesses originale – première en bas à gauche plutôt qu’en haut.

Si l’image de la marque Glas et de ses modèles n’a jamais atteint celle des géants allemands, leurs innovations et le soin apporté à la mécanique et au confort laissent entrevoir une fierté industrielle méconnue. L’histoire complète de la marque Glas révèle à quel point la firme a joué un rôle clef dans le renouvellement de l’offre automobile des années 50 et 60 avant d’être rachetée par BMW en 1966, scellant ainsi le chemin de cette modeste entreprise vers un glorieux avenir.

 

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