Vector : histoire et évolution d’une marque automobile d’exception

Table des matières

Vector

Année de création :

1971

Arrêt de l’activité :

1995

Notes :

Supercars W8/M12; tentatives ultérieures avortées.

Statut :

Disparue

Dans le grand roman des supercars, l’histoire de Vector Motors brille comme un météore extravagant. Imaginez une époque où seuls Lamborghini, Ferrari ou Porsche osaient titiller les limites de la performance ; dans ce monde, un Américain passionné d’aviation s’est mis en tête de jouer à « qui a la plus grosse » sur la scène des hypercars. Gerald Wiegert ne voulait pas créer une énième voiture rapide, son rêve tenait carrément de la mission spatiale terrestre : assembler technologie aéronautique, design osé et des performances capables de rendre jaloux même Bugatti. Les prototypes Vector déchaînent les passions, font lever les foules sur les salons et tapent sur les nerfs des investisseurs. Peu de modèles produits, mais chacun d’eux est une énigme mécanique sur roues. Entre coups d’éclat, échecs financiers et anecdotes dignes d’Hollywood, Vector reste l’une des plus fascinantes comètes du firmament automobile… et croyez-le ou non, il y a plus de rebondissements dans cette saga que dans une saison complète de votre série préférée !

Genèse de Vector Motors : rêve américain, design avant-gardiste et ambitions démesurées

Nous sommes au cœur des années folles de l’automobile sportive, là où les routes américaines résonnent encore du dernier rugissement des muscle cars. Pendant que Porsche et Ferrari subjuguent l’Europe, les États-Unis semblent avoir abandonné la bataille des supercars, à l’exception honorable de la vénérable Corvette. C’est dans ce contexte que l’aventure Vector Motors débute, lancée en 1971 par Gerald Wiegert, ingénieur aux rêves plus longs que son relevé bancaire, mais à la détermination en acier trempé façon châssis d’endurance.

Wiegert, obsédé autant par l’automobile que par l’aéronautique, imagine une voiture à la croisée des mondes : « pas une voiture volante, mais un avion sur la route », adore-t-il raconter. Le premier prototype, exposé au salon de Los Angeles en 1972, affole les foules. On dirait un vaisseau spatial échoué à Hollywood : une hauteur d’à peine un mètre, une largeur à deux mètres… Les proportions défient l’entendement et, pour une fois, aucun styliste italien n’a mis les mains dans la pâte à modeler.

Le design de la Vector W2, signé Lee Brown, s’inspire manifestement du fameux concept Carabo de Bertone, sensation de la fin des sixties et début des seventies. On retrouve cette carrosserie basse et pointue, des arêtes saillantes et un culot qui ferait pâlir même la Lamborghini Countach. Pour la structure, Wiegert s’appuie sur des idées venues tout droit de l’aérospatiale : châssis semi-monocoque mêlant aluminium, résine epoxy, acier et fibre de carbone… Comme disait un commentateur de l’époque : « il ne manque que les réacteurs ! »

Sur le plan technique, la Vector W2 promet une rupture. Les matériaux composite et la fibre de verre, validés par la NASA elle-même, annoncent une révolution dans la conception de supercars. Mais ambition rime souvent avec galère : le passage du concept à la route s’avère aussi sinueux que la corniche du Monte-Carlo sous la pluie. Entre recherche de financements (qui s’apparentent à une chasse au trésor), et développement technique titanesque, la W2 ne prend la route qu’en 1979. Côté tarifs, on rêve encore : la W2 visait les 50 000 dollars de l’époque, mais les versions finales s’écouleront beaucoup plus cher.

Vector Motors impose déjà son ADN : croiser le meilleur de l’aéronautique avec l’audace stylistique, et faire passer ses ingénieurs pour des apprentis sorciers. Ce cocktail explosif posera les bases d’une décennie de folies mécaniques, marquant à jamais l’histoire de la supercar made in USA. Citons en passant son influence sur les aspirations démesurées des constructeurs du calibre de Koenigsegg ou Pagani qui suivront des décennies plus tard… Car dans le monde des voitures délirantes, tout commence toujours par un rêveur qui a le sens du spectacle, et Vector fut l’un des plus grands.

Année Événement marquant Modèle Tarif initial
1972 Présentation du 1er prototype (non roulant) au Motor Show de Los Angeles Vector 10 000 $ (visé)
1977 Lancement officiel de Vector Aeromotive Corporation W2 50 000 $ (annoncé)
1979 Prototype W2 roulant enfin développé W2 Non commercialisé
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Si cette première période n’a pas accouché de ventes, elle a secoué la fourmilière des prétendants au trône des hypercars, démontrant que la folie créative n’a pas de frontières, surtout pas pour qui aime tutoyer les étoiles.

Vector W8 Twin Turbo : une fusée sur roues qui défie Ferrari et Lamborghini

Bienvenue dans les années 80, où la coupe mulet ne fait peur à personne et où Miami Vice rend le flashy plus branché que jamais. Vector revient à la charge avec un missile sol-sol : la célèbre W8 Twin Turbo. Ici, on franchit enfin le pas : la bête devient une réalité, non plus seulement une star de salon mais une terreur potentielle de l’asphalte. Les fans de sensations fortes ont les yeux qui brillent : Vector promet ni plus ni moins de pulvériser ce que Lamborghini, McLaren ou Ferrari sont capables de produire.

Moteur sous stéroïdes, look de vaisseau spatial et prix aussi vertigineux que ses performances : 600 ch pour un V8 biturbo de chez Chevrolet, suralimentés par deux turbos Garrett. Cette configuration laisse même la Porsche 959 et la Ferrari F40 sur le carreau du rapport poids/puissance. Résultat revendiqué ? 389 km/h en pointe, battant tout ce qui roule à l’époque… du moins, selon les fiches techniques, car personne n’a pu vérifier ça en dehors du désert de Bonneville.

Et le cockpit… Que dire ? Digne d’un simulateur de F-16, la Vector W8 se prend au sérieux en affichant une instrumentation digitale digne de la NASA, des sièges Recaro électriques à faire pâlir d’envie Lotus, le tout baigné dans une ambiance électro-pop furieusement datée. Mais si la climatisation et la chaîne stéréo Sony suffisent pour distraire, c’est le rugissement de la bête qu’on veut entendre — n’essayez pas de passer inaperçu, vous serez la star d’Instagram avant l’heure, et même les Paparazzi de Los Angeles se mettraient à la course poursuite rien que pour poster une photo de vous.

Les ambitions de Vector sont aussi grandes que leur manque de moyens. La W8 se veut la « Bugatti Veyron avant l’heure » : performances de l’extrême, exclusivité légendaire puisque seuls 22 exemplaires sortiront des ateliers. Parmi les heureux élus, André Agassi ou le Prince Khalid d’Arabie Saoudite, qui collectionne les W8 comme d’autres les timbres. Malgré des trains roulants efficaces, une aérodynamique léchée et une technologie avant-gardiste (sous l’œil bienveillant de Goodyear et Bosch), Vector ne parvient jamais à franchir le cap de la production à grande échelle.

Caractéristiques Vector W8 Twin Turbo Ferrari F40 Lamborghini Countach
Puissance 600 à 625 ch 478 ch 455 ch
0-100 km/h 3,9 s 4,1 s 4,9 s
Prix neuf (€ actuels) 370 000 € environ 300 000 € 350 000 €
Exemplaires produits 22 1 311 1 983

On ne pourra jamais accuser Vector d’avoir manqué d’audace, ni de faire les choses à moitié. Les héritiers contemporains, qu’ils s’appellent Koenigsegg ou Pagani, partagent la même fougue. Mais c’est bien la W8 qui incarna pour l’Amérique cette obsession de tutoyer, voire de dépasser, les superlatifs européens. Il est d’ailleurs conseillé de jeter un œil à Motorlegend ou au guide détaillé dédié pour des anecdotes croustillantes sur cette légende qui n’a jamais cessé de faire fantasmer les collectionneurs du monde entier.

De l’Avtech WX-3 à la M12 : les métamorphoses d’une marque en quête de survie et de glamour

Après le choc de la W8, Vector n’allait évidemment pas tirer sa révérence sans une dernière cabriole. Place à l’Avtech WX-3, dévoilée au salon de Genève 1992. Plus arrondie, bardée d’appendices aérodynamiques dignes d’un meeting de tuning intergalactique, elle conserve un moteur V8 de 7 litres capable de délivrer une puissance hallucinante : jusqu’à 1200 ch avec la version biturbo (oui, vous avez bien lu, un chiffre qui ferait rougir Pagani et McLaren réunis).

Mais à 700 000 dollars l’engin, la WX-3 s’adresse à ceux qui hésitent entre un yacht et une supercar comme première voiture… et qui ne s’inquiètent pas du coût d’assurance. Quand bien même Vector propose un roadster à Genève en 1993 (la WX3-R), la récession guette, la production n’ira jamais plus loin, et Vector doit se résoudre à céder la main à un groupe indonésien : Megatech, qui, dans la foulée, met aussi la main sur Lamborghini.

Ce renouveau Vector donne lieu à une alliance plutôt inattendue : la M12 débarque avec un moteur… V12 Lamborghini Diablo ! Enfin une noblesse mécanique apte à faire saliver les puristes, mais pas de répit pour les audacieux : la M12 n’est produite qu’à 14 exemplaires jusqu’en 1999, Megatech préféré miser sur la légende plutôt que sur la production à hautes doses.

Après Megatech, Vector passe brièvement entre les mains du groupe américain Tradelink International qui annonce, la bouche en cœur, une renaissance baptisée SRV8 : une voiture dérivée de la M12 avec un nouveau cœur « Chevy ». Toutefois, personne n’a vu la bête sur route, ni même dans le garage de Jay Leno : le mal était fait, la légende Vector s’éteint doucement, non sans laisser derrière elle des souvenirs impérissables et des prototypes qui font encore rêver sur Wikimonde ou Car-Only.

Modèle Moteur Puissance Production Prix
Avtech WX-3 V8 7L 600 – 1200 ch 2 exemplaires 700 000 $
Vector M12 V12 Lamborghini 492 ch 14 exemplaires 184 000 $
SRV8 V8 Chevrolet (annoncé) Non communiqué 0 (prototype uniquement) Non commercialisé

Vector illustre ainsi un paradoxe savoureux : plus l’histoire vire à la tragédie, plus elle fascine les amateurs, à l’image d’autres marques aussi improbables que SSC, Ultima ou Seres, qui défient les lois du possible à coups d’audace et de banqueroute… mais toujours avec panache.

L’empreinte de Vector Motors : technologie, extravagance et références dans l’univers des supercars

Si chaque Vector croisée aujourd’hui ressemble à une licorne mécanique, c’est d’abord parce que la marque s’est imposée par ses technologies d’avant-garde. La W8, avec son instrumentation digitale et sa carrosserie en matériaux composites, a devancé bon nombre de tendances. La soif d’expérimentation de Vector Motors n’est pas sans rappeler la folie créative qu’on retrouve chez Lotus ou chez Koenigsegg, capables, eux aussi, de réinventer la roue… ou du moins de la rendre plus légère et plus rapide.

Les procédés d’assemblage issus de l’aéronautique ont ensuite inspiré, bon an mal an, tout un pan de l’industrie : on voit la même obsession pour la légèreté chez McLaren, Pagani ou Aston Martin, et même dans la chasse au gramme superflu menée par Porsche sur ses dernières GT. De plus, l’influence stylistique Vector n’a pas disparu de la circulation. Pour qui observe les tendances sur la scène internationale, impossible de ne pas repérer un peu de Vector dans chaque supercar à portes en élytre et lignes acérées.

Sur le marché de la voiture d’exception où l’exclusivité est reine, Vector a hissé le concept d’ultra-rareté au sommet, inspirant même Bugatti à développer le culte Veyron en édition limitée. Ce tropisme vers le « moins c’est mieux » a amplifié la valeur de chaque exemplaire Vector, devenu objet de collection ultra-prisé, parfois plus difficile à trouver qu’une Ferrari 250 GTO ou un ticket gagnant d’EuroMillions.

L’impact de Vector ne s’arrête pas aux garages des jet-setters. Dans la culture pop, on croise la W8 dans quelques blockbusters et séries TV, parfois même en miniature dans les coffrets Hot Wheels ou en mode simulation sur console de jeu. Récemment, les réseaux sociaux n’en finissent plus de s’enflammer à chaque apparition d’un modèle Vector lors de ventes aux enchères retransmises en streaming. Et avec un clin d’œil permanent à la chronologie déjantée de l’automobile, Vector trouve naturellement sa place sur toutes les listes des plus grands ovnis mécaniques de notre ère (chronologie de l’automobile et Histo Auto n’en finissent plus de compulser leurs archives à la recherche de traces de ce phénomène).

Marque Innovation marquante Époque Nombre d’exemplaires
Vector Motors Composites, cockpit digital, V8 biturbo 1979-1999 Moins de 40
Porsche Pionnier turbo, boîtes PDK, châssis alu 1974-aujourd’hui Des milliers
Pagani Fibre de carbone intégrale, design unique 1999-aujourd’hui Moins de 500
Koenigsegg Moteurs maison, portes spectaculaires 2002-aujourd’hui Moins de 200

L’esprit Vector est finalement celui d’une marque qui a préféré la course à l’exploit plutôt que la banalité industrielle. Si la nostalgie vous guette, il n’est pas trop tard pour parcourir l’histoire d’autres constructeurs disparus ou méconnus, à l’image de Shuanghuan, SOVAM ou encore Singer, qui, chacun à leur manière, ont marqué des générations d’aficionados du bitume.

Vector Motors et la galaxie des supercars : héritage, leçons et éternelle fascination

La trajectoire de Vector, aussi enflammée que courte, a laissé des traces indélébiles dans l’inconscient collectif des fans de vitesse. L’impertinence de ses créateurs, leur goût pour l’expérimentation et la quête du toujours plus fort ont façonné une identité unique. Mais, soyons honnêtes, Vector a aussi servi d’avertissement grandeur nature : dans l’univers impitoyable des supercars, l’innovation ne suffit pas, il faut aussi des nerfs d’acier et un portefeuille profond comme le Grand Canyon. Lamborghini, Ferrari ou Lotus l’ont bien compris en investissant stratégiquement là où Vector vivait d’aventure.

La marque a vu défiler des passionnés prêts à tout risquer pour quelques minutes de gloire automobile, prouvant que parfois l’humour (et une dose d’inconscience) fait aussi partie du business plan. Les anecdotes abondent, à commencer par les tests de vitesse sur le sel de Bonneville ou les tentatives de records passées sous silence faute de pneus homologués — sacré syndrome du « presque » ! Les supercars Vector sont devenues les divas du paddock, capables de monopoliser l’attention lors de ventes aux enchères à l’image de la vente de Scottsdale. Sur Internet, leur cote grimpe en flèche à la vue d’un simple volant d’époque ou même d’une clé de contact estampillée du « V » mythique.

Dans les années 2020, la rareté des Vector reste un aimant pour les collectionneurs d’exception et les musées de supercars. Le pilotage d’une W8 ou d’une M12 figure toujours avec fierté sur la bucket-list de tout vrai passionné, juste à côté d’une McLaren F1, d’une Koenigsegg Jesko, d’une Pagani Zonda ou d’une Bugatti Chiron. La saga Vector, chaos organisé fait de rêves XXL et d’échecs homériques, démontre que certains mythes automobiles flambent vite, mais se souviennent longtemps…

Sur ce, n’oubliez jamais : la légende Vector roule pour l’éternité dans le cœur des amateurs de supercars, et chaque nouvelle vente rappelle qu’une belle histoire, c’est souvent celle qui ne rentre jamais dans le rang.

Mythe contemporain Leçon principale Référence moderne
Vector Motors Innovation+audace ≠ pérennité assurée SSC, Koenigsegg, Pagani
Lamborghini Design extrême transformé en norme Aventador, Sián
Bugatti Prouesse technique élevée au statut de mythe Veyron, Chiron

Pour les assoiffés d’histoires folles, la saga de Vector Motors incarne un rappel cinglant : tout est possible, surtout ce qui paraît impossible. Pour enfoncer le clou, rendez-vous sur Vroumino ou suivez les pérégrinations d’autres ovnis de l’histoire comme Vanden Plas ou SsangYong / KG Mobility, qui ont tenté de graver leur nom dans le grand livre automobile.

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